Le premier empire d'Angkor
C'est un prince éduqué à Java, Jayavarman II (802-850), qui rétablit un royaume khmer à Angkor. Les rois d'Angkor règnent sur la majeure partie du Cambodge, de la Cochinchine et du Laos jusqu'au début du XVè siècle. La capitale était au cour d'un réseau hydraulique de grands réservoirs et de canaux destinés à acheminer l'eau vers les rizières, un système de mise en culture qui est une véritable prouesse technologique. Au XIIè et au XIIIè siècle, l'édifice social commence à se fissurer. Si Jayavarman VII construisit la troisième Angkor (Angkor Thom), la lutte pour l'hégémonie entre hindouistes et bouddhistes déchira le royaume.
L'introduction du bouddhisme Hinayana, vers 1340, bouleverse l'ordre social et spirituel. Le pali remplace le sanskrit, on ne construit plus que des pagodes. Au même moment, le Laos s'émancipe et un ennemi nouveau apparaît à l'ouest, le Siam. La perte de contrôle du bassin de la rivière Chao Phraya, territoire appartenant aujourd'hui à la Thaïlande, contribue encore un peu plus à l'affaiblissement de l'empire.
Le déclin d'Angkor
EQuand la Thaïlande, ou le Siam comme on l'appelle alors, détruit Angkor en 1431, la cour royale émigre à Phnom Penh. Les Siamois établissent leur contrôle politique sur le royaume khmer qui devient vassal du Siam. Quelques années plus tard, les Vietnamiens, qui progressent lentement vers le sud, parviennent au delta du Mékong. Désormais, le Cambodge est coincé entre deux pays voisins, le Siam et le Viêt-Nam, qui cherchent à le dominer, voire à le coloniser.
Le Cambodge protectorat français
En 1863, la France offre sa protection au Cambodge. Le roi Norodom Ier accepte le protectorat, qui stipule que le Cambodge s'interdit toute relation avec une puissance étrangère sans l'accord de la France. Un résident général veille à l'exécution du traité. La monarchie cambodgienne reste en place mais, à partir de 1884, elle perd de facto toute autorité fonctionnelle.
Sous le règne de Sisowath, la mise en valeur et la modernisation du pays sont entreprises : construction de routes, aménagement des ports et mise en place d'infrastructures publiques. La restauration du vaste complexe d'Angkor Vat, vers 1930.
La Seconde Guerre mondiale a les mêmes effets au Cambodge que dans l'Indochine. L'administration française subsiste à côté de l'administration japonaise. En janvier 1941, une tentative siamoise pour reprendre les provinces perdues est écrasée par la marine française à Koh Chang. En mars 1945, les Japonais placent sur le trône le jeune roi Norodom Sihanouk. Politique habile, il s'emploie à négocier avec la France l'indépendance du Cambodge.
Un Cambodge neutre et indépendant
Accordée le 9 novembre 1953, l'indépendance du Cambodge est totale à partir de la dissolution de l'Union économique et monétaire indochinoise, en 1954. Sihanouk fait approuver son action par référendum puis abdique, en mars 1955, en faveur de son père afin de fonder son propre parti, l'Angkum. Sihanouk était très conscient du fait que la survie du Cambodge dépend de sa politique étrangère. Pris en tenailles entre le Viêtnam et la Thaïlande, en butte aux pressions des grandes puissances comme les États-Unis, l'URSS et la Chine, qui cherchent à consolider leurs positions dans la péninsule, Sihanouk observe une stricte neutralité. Redevenu chef de l'État en juin 1960, il réussit à protéger le Cambodge pendant plus de 15 ans. Toutefois, l'intensification du conflit qui reprend au Viêtnam en 1959, la création de sanctuaires et de pistes de ravitaillement (la piste Hô Chi Minh) au Cambodge par les Nord-Vietnamiens et les Viêt-công durant la Guerre du Viêtnam vont finalement faire voler en éclats l'édifice diplomatique péniblement construit.
Coup d'Etat
En 1968, le Parti communiste khmer commence la lutte armée. La personnalisation du régime sihanoukiste l'affaiblit autant que le conflit vietnamien et les pressions étrangères. Le 18 mars 1970, alors que Sihanouk est à l'étranger, le Premier Ministre, le général Lon Nol dépose le roi, avec l'aval des États-Unis. Lon Nol donne deux jours aux Vietnamiens pour retirer leurs troupes; c'est oublier la popularité de Sihanouk dans le monde paysan. Le 19 mars, de Pékin, il révoque le général Lon Nol et appelle à la résistance, créant le FUNK (Front uni national du Kampuchéa). Hanoi et Pékin lui accordent immédiatement leur soutien. Quatre divisions nord-vietnamiennes entrent au Cambodge. L'armée cambodgienne réplique par le massacre d'au moins 100 000 Vietnamiens du Cambodge. L'immense majorité de la paysannerie avait rallié le FUNK et le petit Parti communiste khmer; le coup d'État, techniquement réussi, s'avère un échec politique complet. Malgré l'entrée des Américains et des Sud-Vietnamiens au Cambodge, les troupes du maréchal Lon Nol se retrouvent petit à petit assiégés dans les villes. Le retrait des Sud-Vietnamiens en 1973 et leur remplacement par des Khmers krom (Cambodgiens vivant au Sud-Viêtnam) ne change rien aux données du conflit. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh.
Le Cambodge démocratique
L'Angkar Loeu, le Parti communiste khmer fondé dans les années 1950, n'a jamais été une organisation puissante; en 1975, il devient le grand vainqueur. Sous la direction d'un doctrinaire et sanguinaire Saloth Sar, de son nom de guerre Pol Pot, l'Organisation suprême va vider les villes de ses habitants et ruraliser le Cambodge par la force. Les Khmers rouges isolent le Cambodge, qui se transforme en un gigantesque camp de travail forcé. Leur brutalité, qui entraîne la mort de sans doute plus de deux millions de personnes.
En octobre 1991, les belligérants signèrent un traité de paix, instituant un Conseil national suprême (composé de membres de la plupart des factions politiques), chargé de gouverner provisoirement sous le contrôle de l'ONU. Sihanouk revient au Cambodge et est nommé président du Conseil national suprême. Des attaques sporadiques de Khmers rouges ont encore lieu en 1992, visant la plupart du temps les forces de maintien de la paix de l'ONU.
En mai 1993, des élections législatives multipartites eurent lieu. Les Khmers rouges boycottent ces élections, alors qu'ils ont signé le traité de paix en 1991. Aucun des partis n'obtient la majorité, si bien que l'on forme une coalition entre les deux plus grands partis, le Funcinpec royaliste et le parti populaire de Hun Sen, et deux autres petites formations politiques. En septembre 1993, la nouvelle constitution est ratifiée et Sihanouk est proclamé roi; Norodom Ranariddh, chef du Funcinpec et fils de Sihanouk, devint Premier ministre; Hun Sen fut nommé vice-Premier ministre.